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Thaïlande : woofing à la Mindful Farm

 

Le woofing, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le fait de faire du volontariat dans une ferme; travailler en échange du gite et du couvert.

Mi octobre, après une recherche assidue, je reçois une réponse positive pour une ferme située dans le nord de la Thaïlande, à une centaine de km de Chiang Maï. De Bangkok, nous prenons le train de nuit jusqu’à Chiang Maï – grand luxe, ce train comparé à ce qu’on a connu jusqu’alors: couchettes ultra confortables, prises électriques, petits rideaux individuels… ! On arrive au petit matin et on traîne un peu dans la ville car notre bus ne part que vers midi. On embarque alors dans un taxi collectif, type grand tuk tuk pour presque 4h de route jusqu’au village qui mène à la ferme.

Le trajet en « bus » est long mais le paysage est superbe, au bout de quelques kilomètres, on quitte la ville  pour traverser des rizières et autres champs. Nous faisons la connaissance de personnes se rendant à la même ferme que nous, et d’autres allant à une ferme voisine. Le temps passe, on est déjà dans l’ambiance.

Quand on arrive au village voisin de la ferme, il faut encore traverser des champs et un petit pont en bambou, brinquebalant, avant de découvrir en haut d’une colline, la fameuse Mindful Farm. Le terrain est grand, composé de plein d’espaces différents construits et aménagés au fil du temps et des moyens. Il y a des espaces pour cultiver les légumes, des arbres et des fleurs, une pépinière, des espaces d’habitation, de « réunion », des douches à ciel ouvert… Eléments disparates mais la nature verdoyante tout autour confère à l’ensemble une certaine harmonie. Les lieux sont en effet en constante évolution, pendant notre séjour par exemple un nouvel espace de restauration (cuisine/restaurant) était en construction.

En arrivant, Pi Nan, le fondateur de la ferme, nous accueille rapidement, on dépose nos affaires dans une chambre et on rejoint le groupe de volontaires occupé à trier des graines et à semer…

Durant  notre semaine à la ferme, on rencontrera des personnes de diverses nationalités: singapouriens, anglais, écossais, suédois, vietnamiens, américains, polonais, colombiens, mexicains, philippins, français… chacun mû par des motivations différentes (renouer avec la nature, avec soi-même, méditer, découvrir…) mais le même désir d’apprendre, d’aider, de partager. La langue commune est l’anglais, ce qui ne me fait pas de mal, et oblige les enfants à s’y mettre aussi. La moyenne d’âges se situe autour de 25 ans, et ce n’est pas désagréable non plus, j’ai l’impression d’avoir le même âge qu’eux 😉

Presque chaque jour des nouveaux arrivent et d’autres partent. Les gens restent environ cinq jours, certains beaucoup plus longtemps – un mois ou deux – et reviennent parfois au bout de plusieurs années. Elias et Andrea m’ont d’ailleurs dit q’ils aimeraient revenir dans quelques années pour voir comment ça a évolué. À suivre…

Les journées sont rythmées et organisées autour des repas et des travaux de la ferme mais le travail n’est pas si intense et Pi Nan nous dit bien que chacun peut se reposer s’il en a besoin.

Tous les matins, on se lève peu après le soleil, à 6h pour un cours de yoga tout en douceur avec la montagne embrumée par le brouillard matinal en toile de fond. (On, c’est à dire les autres volontaires et moi; je laisse les enfants dormir ! Cela dit Elias a quand même fait deux cours de yoga avec nous.)

Ensuite tout le monde  participe à la préparation du petit déjeuner (aller cueillir des fruits, en faire une salade…) le repas du matin étant délicieusement préparé par la femme de Pi Nan.

Le petit déjeuner est un vrai repas complet avec du riz, de la soupe, des fruits et diverses choses, il se prend dans le silence total, face à la nature environnante.

Quand tout le monde a fini de manger, Pi nan demande à quelqu’un de lire un passage qu’il a sélectionné dans un de ses livres (j’en ai malheureusement oublié le titre).

On y parle de compassion, de joie, de trouver le bonheur dans l’instant… Souvent ces lectures inspirent à Pi Nan des anecdotes sur sa vie, des gens qu’il a croisés, des volontaires venus passer du temps à la ferme. Quand il parle et évoque un souvenir ou juste son plaisir d’être là et sa joie de vivre, il sourit, son visage s’illumine et on découvre alors l’homme généreux et sensible qu’il est alors que pendant la journée au jardin, très concentré, il peut paraitre fermé. Il faut dire aussi qu’il doit sans cesse se réadapter aux arrivants, superviser tous les travaux, sans oublier sa famille – il a une petite fille de 5 ans. Mais il fait cela en patriarche avec sa touche personnelle de moine  bouddhiste et il le fait plutôt bien.

Après le débarrassage et la vaisselle, on se retrouve au jardin pour se répartir les tâches de la matinée. À défaut de produit vaisselle, on nettoie avec de la cendre et c’est assez efficace.

Pendant la semaine passée à la Mindful Farm, nous avons semé, planté, bêché, creusé, fait du compost, recouvert les plantations de feuilles séchées ou de compost en tout genre (parfois très odorant !!!) … Tous ensemble, par petits groupes, et avec l’aide de Pi Nan qui ne ménage pas sa peine.

Vers 11h, selon le nombre de volontaires présents, on s’occupe du déjeuner, tous ou seulement quelques uns. Ici l’alimentation est exclusivement vegan. On n’utilise rien provenant des animaux.

En lisant cela sur le site avant de partir, j’ai cru que ce serait une semaine de diète – ce qui ne fait jamais de mal – mais ce ne fut pas du tout le cas, bien au contraire, nous avons très bien mangé, abondamment même ! Enfin, sauf Andrea qui s’est presque exclusivement nourri de bananes et de riz 😦 (J’avoue au bout de quelques jours, j’ai craqué et je suis allée au village lui acheter des gâteaux…)

On ne mange ici presque que des produits issus de la ferme, très peu de choses sont achetées au village (notamment du sucre, du lait de coco ou des carottes car elles ne veulent pas pousser…) et il y a donc très peu de déchets. Pour l’eau, des bouteilles sont consignées et remplies régulièrement à un robinet du village alimenté par la rivière voisine.

Après le déjeuner, c’est la pause, pause qui dure jusqu’à 15h30 – 16h pendant laquelle on peut se reposer, ou aller se baigner dans le lac à quelques centaines de mètres de là. Puis, on reprend le travail jusqu’à 18h environ avant la préparation du dîner.

 

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Vers 20h tout le monde se retrouve dans la salle de méditation. Des tapis et des coussins sont disposés, Pi nan fait une prière, et nous invite  ensuite à méditer pendant une demi heure environ. Il prend alors  la parole pour demander à tout le monde comment s’est passé la journée, si tout va bien, il salue ceux qui partent avec un petit mot pour chacun. Tout comme le matin, il parle de diverses choses de la vie mais qui nous concernent tous.

Comment se détacher des biens matériels, ne pas désirer pour ne pas souffrir, aimer l’Autre tel qu’il est, éprouver de la joie dans chaque moment de sa vie… Avec ses mots à lui, toutes ces notions prennent une couleur nouvelle et amènent à réfléchir.

Pi nan est un ancien moine bouddhiste qui a quitté le monastère pour se marier car il est tombé amoureux. Il y a huit ans, il est revenu sur les terres de son enfance et c’est tout naturellement qu’il a choisi de devenir fermier comme son père le lui avait appris, en respectant la nature, selon des méthodes que l’on qualifie aujourd’hui de bio et proches de la permaculture.

Au départ, il a décidé d’accueillir des volontaires pour aider à développer sa ferme, à construire les locaux et pour partager sa passion et son amour de la vie et de la terre. Puis, le rendement étant important il a continué ce principe  parce que sa ferme produit plus qu’il n’a besoin pour vivre et il ne souhaite pas vendre ses produits mais préfère en faire profiter un maximum de personnes… Il aimerait que les fermiers voisins se mettent  aussi à des méthodes naturelles mais ce n’est pas encore le cas. À l’instar de ce que l’on peut voir au Maroc, les agriculteurs ne savent pas forcément lire, encore moins les produits importés, et déversent tout et n’importe quoi sur le sol. Un jour, après le petit déjeuner, Pi Nan nous fait part de ses réflexions sur certaines absurdités du monde, comme ces insecticides, produits toxiques interdits aux Etats-Unis mais vendus en Thaïlande, que les fermiers utilisent dans les rizières, avant d’exporter le riz… aux Etats-Unis ! Situation dramatiquement cocasse 😦

 

Les enfants ont fait une petite vidéo pour présenter quelques arbres fruitiers et nous avons en prime une interview de Pi Nan.

 

Cette expérience a été très enrichissante. Une semaine de vie communautaire emprunte de spiritualité pour se recentrer, aller à l’essentiel en travaillant la terre, se questionner sur le monde et sur soi-même.

Si vous passez par Chiang Maï, allez y !

Voici leur site: http://www.mindfulfarmers.org

6 commentaires sur “Thaïlande : woofing à la Mindful Farm

  1. Quel plaisir ! Ce matin de voir dans ma boîte aux lettres virtuelle ce petit message « mon sac et mes kids », je prends le temps de cliquer comme celui que nous prenions quand nous ouvrions délicatement une enveloppe, on observait le timbre, la couleur du papier, l’odeur … Mêmes sensations ce matin, j’y étais … Quelle joie de partager avec vous le bonheur des échanges et la découverte de nos voisins d’Asie
    Merci … A vous 3 Nicolas Bouvier – Ella Maillart et Sylvain Tesson version « sac et mes kids »

      1. Bonjour !! C’était une merveilleuse expérience !! Cela fait maintenant 1 mois et j’y pense encore 🌸 Je pense vraiment y retourner « un jour » Maybe 😉 et je comprends un des volontaires que nous avons rencontré la bas qui y revient chaque annee😊 encore merci pour cette belle adresse 🌸

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